Ma ville est une île


Seize nouvelles du futur à découvrir et à commander sur le site des éditions le Chien à deux queues.
Une illustration de To’a Serin–Tuikalepa et une préface de Fabrice Schurmans, Une grammaire de l'apocalypse.

L'anthologie « Ma Ville est une île »


« Ce monde offre peu de certitudes. Il en est pourtant une dont on se passerait volontiers : les eaux montent. Seize auteurs projettent un phare dans le brouillard de notre futur et donnent à entendre l’écho du clapot à venir. Leurs seize nouvelles du futur nous racontent ces jours et ces nuits où nos villes seront devenues des îles. »


« Bienvenue chez les Chiens ! »

Une petite maison d'édition associative cadurcienne, à l'humour mordant, libre et hardie, engagée parfois, mais surtout en pleine cogitation — fantaisiste ou lucide — sur notre avenir proche et lointain. Le credo des Chiens : une littérature métamorphe, éclectique, autant portée sur le fond que sur la forme. Objectifs : nous faire rêver, gamberger et imaginer le monde de demain avec des auteurs de tous bords. Pour la petite anecdote, qui aide à saisir l'état d'esprit de la Maison, le nom Le Chien à deux queues « est un clin d’œil à un groupe d’activistes hongrois armés d’humour contre la bêtise du monde. »

Des publications ponctuelles avec Infarctus de Yann Salaün, Corsaires !, un livre-jeu de Stéphane Hébrard et Katia Weyher et des publications annuelles (sur appel à textes) avec les Nouvelles du futur, vol 1 : Anthropocène mon amour (mars 2020) et les Nouvelles du futur, vol 2 : Ma ville est une île, recueil auquel je participe (septembre 2021).

L'objet — le livre

Un bouquin tout blanc avec son épaisse écriture noire, doux à la caresse. Sur la couverture, une illustration de To’a Serin–Tuikalepa étrangement poétique et triste : d'immenses blocs de béton écaillés par endroits émergent de l'eau. Ils semblent frappés par le soleil, avec des lumières crues et des ombres fortes. Sur les toits plats, sont éparpillées quelques silhouettes d'hommes, des anonymes, on distingue uniquement le contour de leurs corps. Les différents bâtiments sont reliés directement par les toits grâce à des passerelles : un ensemble visuel géométrique et perpendiculaire. Tout en bas, les pieds dans l'eau, des appontements sortent de la gueule des édifices. La Ville-île semble être reliée à un ailleurs, des passerelles se perdent dans l'arrière-plan. Avec le noir et blanc, les nuages pourraient se confondre avec la mer.

« Dune » : ma participation au recueil et première publication

« Sur une île déclinante où se fanent les fleurs, où dépérissent les hommes et où les prières sont vaines, une jeune femme est hantée par le mystère de sa naissance. Son destin semble inextricablement lié à la sécheresse accablante du paysage. »

J'ai écrit Dune dans les affres des fêtes de fin d'année, avec une envie de poésie et de chaleur alors même que j'étais percluse de froid dans ma grisaille rouennaise. J'ai conçu la nouvelle comme une métaphore de la naissance et de la création. J'y ai mis le point final le jour de Noël. C'est un contre poétique pour adultes, une épopée lyrique féminine : évocations sensuelles, folie douce, néologismes, spiritualité dévoyée et paysages assoiffés... 


« Je n’ai connu de l’eau que cet horizon bleu étincelant qui écorche les yeux tant le soleil s’y reflète furieusement. L’eau à la bouche des prêcheurs, la salive persifleuse de ma mère, l’eau pure des baptêmes, l’eau dans mon ventre qui gargouille, les larmes de notre Seigneur, la sueur entre mes cuisses… Mais de pluie, je n’en ai connu aucune. Depuis ma naissance, le ciel est sec. La pluie gronde peut-être ailleurs sur la vaste mer, mais l’île s’assèche comme un téton dur de vieille femme. Et je vois dans les yeux de ma mère captive, la colère usée, la lucidité qui vacille. »

Dune — Sarah Kügel


Seize nouvelles du futur

Vous pouvez retrouver les courts amuse-bouche créés par les auteurs sur le site du Chien à deux queues.

Voici les titres déjà évocateurs et les seize auteurs de l'anthologie Ma Vile est une île :
Une grammaire de l'apocalypse —
une préface de Fabrice Schurmans
Vers l'Autonomie
— Nicolas Tessier
La dernière paludière
— Julien Gueho
Mère promise
— Simon Jeanmart
Je déteste le bleu
— Juste Phi
Alida
— Soline Fenneteau
Chanteur d'océan — Mina Jacobson
Prouve-le — Constance Vega
Tentative de transmission — Antonin Sabot
Kergamm — Glenn Haamel
Les rêveries de Böcklin — Christophe Charles Künzi
Le tas — Philippe Caza
Dune — Sarah Kügel
Les myosotis — Emilie Derian
Vue sur l'amer — Anaïs Paly
Leur ville, leur Île — Dha Na Daoine
Mancie, les Effrayants — Benoît Ritt

Morceaux choisis

Quelques heures plus tard, il envoya à terre d'autres chaloupes, pleines et armées, sans savoir contre qui se battre. Les hommes ne trouvèrent pas le chemin de la forteresse. Des halliers leur barraient la route, des arbres abattus empêchaient toute progression linéaire, des trous les avalaient, des racines se saisissaient de leurs pieds, les jambes, les bustes étaient fouettés par des ronces, les visages surgissaient sanglants et ébahis des massifs de plantes que nombre de ces marins voyaient pour la toute première et, pour certains, dernière fois. Ils périrent d'épuisement, de piqûres, de morsures, de choc, de chute. Certains, voyant pour la troisième ou quatrième fois la marque qu'ils avaient gravés sur un tronc, alors qu'ils évoluaient avec le rivage toujours du même côté, s'assirent et attendirent que cessât cette diablerie.

Mancie, les Effrayants —Benoît Ritt


Je croyais posséder une machine à laver. Illusion. Ce n’était qu’un terminal local d’un vaste réseau technique incluant distribution d’eau et d’électricité, lui-même relié au système industrialo-commercial mondial incluant les mines de fer, les puits de pétrole, les centrales nucléaires et bien d’autres choses encore… Alors, après la grande noyade, depuis que ma ville est devenue une île, que faire de tous mes chers objets – enfin inanimés ? Un TAS.

Le tas — Philippe Caza


J'essaie d'imaginer un monde où les fondations des bâtiments n'étaient pas submergées par les eaux, où monter des escaliers au lieu des escalators faisait automatiquement gagner des points sur les réseaux sociaux, un monde où on pouvait prendre le bus, le train, ou même l'avion. J'essaie d'imaginer la sensation de l'engin qui prend son élan, s'arrache de la terre et entre en suspension, mais je n'y arrive pas vraiment.

J'essaie d'imaginer le monde d'avant, un monde si grand que les hommes devaient se repérer sur des petits écrans. Moi, je sais constamment où je suis. Je ne sais pas ce que ça fait d'être perdu quelque part, parce que tout est tellement étroit. Pourtant, j'ai seize ans ; ça n'a aucun sens de me sentir emprisonné dans un monde aussi grand.

Je déteste le bleu — Juste Phi

Partager cet article :
Blog